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02/05/2008

Les pays émergents ramènent leur science

Pour les entreprises américaines, il est de plus en plus facile de recruter des chercheurs en Chine ou en Inde. Cette main-d'œuvre hautement qualifiée et bon marché est une chance pour son économie.

Les Etats-Unis profitent depuis longtemps de produits manufacturés à petits prix, essentiellement en provenance d'Asie. Aujourd'hui, grâce au n1831106051.jpgombre croissant de scientifiques en Chine, en Inde et dans d'autres pays émergents, "les coûts de production d'une découverte scientifique sont en chute libre dans le monde entier", explique Christopher Hill, professeur de technologie et de politique publique à l'université George Mason. Contrairement à l'idée répandue selon laquelle le "manque" de jeunes scientifiques formés aux Etats-Unis nuirait à la compétitivité du pays, il pense que c'est peut-être le contraire. En puisant dans les viviers de scientifiques bon marché du reste du monde, l'innovation américaine pourrait renforcer sa position. "Nous ne devrions pas avoir peur de la montée de l'Asie et d'autres pays en développement dans le domaine scientifique. Nous devrions plutôt réfléchir à comment en tirer profit", explique Patrick Windham, maître de conférences en politique technologique à l'université de Stanford et ancien membre des comités des sciences du Congrès.

A court terme, l'augmentation des dépenses pour la recherche en Inde et en Chine pourrait créer un surnombre de scientifiques dans ces pays. La baisse des salaires pourrait alors s'accentuer et le coût de la science dans le monde serait encore réduit. "La science est la dernière activité mondialisée", estime Richard Freeman, spécialiste en économie du travail au sein du Bureau national de recherche économique. Certes, la connaissance scientifique n'est pas une chose, comme un jouet ou un moteur électrique. On n'est donc pas près de voir la "science" en vente dans un catalogue chinois ou indien. Les Etats-Unis devraient continuer à héberger encore longtemps les meilleurs scientifiques de la planète, mais l'industrie recrute de plus en plus souvent, dans les pays en développement, des scientifiques aspirant à se faire connaître. Seagate Technology, un leader du stockage numérique, paie des chercheurs singapouriens pour mener des travaux de recherche fondamentale, et bénéficie même des subventions qu'ils reçoivent dans leur pays, ce qui rend ces relations encore plus intéressantes financièrement. Seagate dirige un laboratoire de recherche à Pittsburgh. Environ 10 à 20 % du budget de ce laboratoire sont destinés à des scientifiques qui travaillent à l'étranger.

En octobre 2007, le prix Nobel de physique a été partagé par deux chercheurs, un Français et un Allemand, à qui l'on doit la découverte de l'effet dit de "magnétorésistance géante", qui permet de stocker bien plus de données numériques sur un disque dur. Cette découverte d'Albert Fert et de Peter Grünberg n'a eu pour ainsi dire aucune retombée commerciale en Allemagne ou en France. Mais en utilisant une littérature scientifique libre d'accès et en assistant à des conférences, les chercheurs de Seagate sont parvenus à exploiter cette découverte, alors même qu'elle avait été financée par des Etats européens. "Voici un bon exemple de la manière dont des scientifiques étrangers peuvent nous aider", fait valoir Mark Re, qui dirige le centre de recherche de Seagate à Pittsburgh. Cependant, la commercialisation des connaissances scientifiques ne va pas de soi, et c'est la principale raison pour laquelle les chercheurs les plus en vue, qu'ils soient chinois, indiens ou originaires d'autres pays, ont souvent du mal à percer commercialement. En ce qui concerne l'effet de magnétorésistance géante par exemple, les ingénieurs de Seagate ont dû avoir recours à d'autres matériaux – à des températures différentes – que ceux utilisés par les lauréats du prix Nobel. "Nous sommes passés du stade de la découverte scientifique à celui de l'élaboration des produits, ce qui n'était déjà pas une mince affaire, explique Mark Re. Puis, nous avons dû en fabriquer des millions en série, ce qui était encore plus difficile." 

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