13/02/2008
L'Australie demande "pardon" pour les souffrances infligées aux Aborigènes
"Nous présentons nos excuses pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens, a déclaré M. Rudd. Aux mères et pères, aux frères et sœurs, pour avoir séparé des familles et des communautés, nous demandons pardon. Et pour l'atteinte à la dignité et l'humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa culture, nous demandons pardon."
La politique d'assimilation forcée, menée du début du XXe siècle jusqu'à la fin des années 1960, a concerné plusieurs dizaines de milliers d'enfants autochtones, en particulier ceux d'entre eux qui étaient métissés. Mais ce n'est qu'en 1997, avec la publication du rapport "Bringing Them Home", que l'Australie a découvert l'ampleur du phénomène.
Depuis, les demandes d'excuses officielles étaient un point de désaccord majeur entre le gouvernement conservateur de John Howard, le précédent premier ministre, et la communauté autochtone. Il aura fallu attendre l'arrivée au pouvoir des travaillistes – en novembre 2007 – pour que les Aborigènes obtiennent enfin cette reconnaissance officielle.
C'est un pas symbolique vers la "réconciliation", un terme utilisé en Australie pour évoquer l'apaisement des relations entre les Aborigènes et la population blanche. Les enfants volés ont vu leur vie dévastée. Souvent maltraités dans des institutions qui leur interdisaient de parler leur langue, ils pouvaient parfois être utilisés comme main-d'œuvre gratuite.
ESPÉRANCE DE VIE INFÉRIEURE
"Ma grand-mère a été prise de force à ses parents, placée dans une ferme, où elle devait laver les couches sales des enfants des propriétaires", raconte Mark Spinks. "La douleur se transmet aux générations suivantes, c'est l'une des raisons pour lesquelles notre situation est si mauvaise", soutient le quadragénaire.
Avec une espérance de vie inférieure de dix-sept ans à la moyenne nationale et un taux d'incarcération treize fois supérieur à celui des non-indigènes, la communauté aborigène (quelque 450 000 personnes) est la plus défavorisée du pays.
Evelyn Walley fait, elle, figure de réussite. A 42 ans, elle a commencé à développer une agence de mannequins aborigènes. En bas âge, Mme Walley fut pourtant retirée à ses parents et confiée à une famille blanche. "Je croyais que j'étais blanche, je ne savais pas que j'étais aborigène, ni où étaient mes parents", raconte-t-elle.
Mme Walley reconnaît avoir eu la chance d'être élevée par une famille adoptive attentionnée. "J'ai grandi avec des chances que je n'aurais pas eues auprès de ma famille, mais j'ai perdu ma culture."
A 18 ans, elle a eu le droit de revoir les siens. "Ce fut très difficile, j'ai retrouvé mes traditions comme je pouvais, à partir de rien." Pour elle aussi, "ces excuses sont importantes, même si cela aurait dû arriver plus tôt".
Les termes officiels ont été préparés avec soin. Tout ne sera pas réglé pour autant. "Il faudrait réparer également en permettant, par exemple, aux autochtones de retrouver leur terre, leur langue", proclame Gary Highland, de l'Antar, une organisation de défense des autochtones.
En outre, la question des réparations financières est épineuse. Il y a quelques mois, la justice a reconnu à un "enfant volé" le droit d'être indemnisé par l'Etat d'Australie-Méridionale. Récemment, l'Etat de Tasmanie a créé un fonds de 4 millions de dollars pour une centaine de membres de la génération volée. A l'échelle fédérale cependant, rien de tel n'est prévu, a d'ores et déjà prévenu le premier ministre, Kevin Rudd.
lemonde.fr
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07/08/2007
AUSTRALIE • La "génération volée" obtient réparation
Une dizaine d'années après la publication du rapport "Bringing them Home", qui a fait connaître au grand public la tragédie des enfants aborigènes volés, la Cour suprême d'Australie-Méridionale est la première juridiction du pays à reconnaître aux victimes un droit à l'indemnisation. Cette décision de justice historique stipule que Bruce Trevorrow, 50 ans, a été victime de traitements illégaux et soumis à une détention abusive en étant retiré à sa famille et placé dans une famille blanche en 1957, alors qu'il n'avait que 13 mois.
La décision du juge Thomas Gray devrait faire jurisprudence. Les dirigeants aborigènes ont salué cette sentence et l'ont qualifiée de victoire. "Je veux dire au gouvernement australien et au peuple australien qu'il est temps pour eux d'accepter l'histoire de leur pays", a déclaré Lowitja O'Donoghue, l'ancienne présidente de l'ATSIC, la Commission pour les Aborigènes et les insulaires du détroit de Torres. "Il est temps de comprendre que la génération volée a bel et bien existé au lieu de se perdre dans les querelles historiques qui font rage depuis la publication du rapport 'Bringing them Home'."
Bruce Trevorrow a été séparé de sa mère en décembre 1957 lors de son admission à l'hôpital pour enfants d'Adélaïde pour une gastro-entérite. Plus de six mois plus tard, sa mère écrivait à la Commission de protection des Aborigènes, pour récupérer son fils : "Je vous écris pour savoir si mon fils Bruce va bien et quand il va rentrer, demandait-elle dans sa lettre en juillet 1958. Je n'ai pas oublié que j'ai un bébé là-bas." Malheureusement, l'enfant avait déjà été confié à une autre famille. La commission a choisi de mentir, a-t-on appris au tribunal, et lui a répondu que son fils "allait mieux" mais que les médecins devaient encore le garder pour son traitement.
Le jugement comporte 300 pages, et il a fallu dix-huit mois au juge Thomas Gray pour rendre son verdict. Il a établi pour la première fois qu'enlever un enfant à sa famille dans ces circonstances constituait un emprisonnement abusif et un manquement de l'Etat à son devoir de protection des citoyens. M. Trevorrow, qui vit à Bairnsdale et souffre de dépression chronique depuis son plus jeune âge, a encouragé les autres membres de cette génération volée à suivre son exemple. "Continuez, c'est tout ce que j'ai à vous dire", a-t-il déclaré à la sortie du tribunal.
M. Trevorrow a précisé que cette somme, qui lui servira à rembourser le crédit de sa maison, signifie que l'Etat reconnaît enfin ses souffrances. "Evidemment, cet argent ne me rendra pas ce que j'ai perdu", a-t-il ajouté. Il a confié que sa vie n'avait été qu'une succession de hauts et de bas. Interné plusieurs fois, il a fait de la prison, est devenu alcoolique et a souffert toute sa vie de dépression. "J'étais incapable de remonter la pente." Bien que sous le choc des événements, il s'est dit heureux de savoir que la justice reconnaissait que l'Etat avait mal agi. "Le temps est venu pour moi d'avoir l'esprit en paix."
Le tribunal a admis que sa famille adoptive l'avait traité comme un des siens et s'était bien occupée de lui, qu'il n'avait pas souffert de malnutrition ni de mauvais traitements – il allait à l'église avec eux et participait aux activités familiales. C'est à l'âge de 3 ans que de graves problèmes psychologiques sont apparus. Il a souffert notamment de trichotillomanie, un comportement qui conduit les enfants à s'arracher les cheveux de manière compulsive. Les médecins diagnostiquèrent une dépression. Il avait un retard de langage, mâchonnait ses vêtements, abîmait ses livres et volait. Sa famille lui disait qu'il était blanc. Sa peau foncée était attribuée à de lointains ancêtres.
Cette expérience empêcha M. Trevorrow de nouer des liens affectifs et son état empira quand il fut rendu à sa famille d'origine à l'âge de 9 ans parce que sa mère adoptive ne savait plus quoi faire de lui. Il a raconté devant le tribunal combien il avait été choqué de découvrir qu'il venait d'une famille aborigène alors qu'il croyait que sa mère était blanche.
Selon Fred Chaney, membre de la Commission australienne de réconciliation et ancien ministre des Affaires aborigènes, il est "regrettable que cet homme ait dû se rendre au tribunal pour obtenir réparation… Les Etats australiens ont publié un rapport recommandant qu'une solution administrative modérée soit trouvée mais, à l'exception de la Tasmanie, rien n'a été fait pour mettre en place cette décision. Vous voulez mon avis ? C'est une honte."
| the age sur courrierinternational.com |
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