27/08/2007

Les hausses de prix pèsent sur la rentrée

L'envolée des cours des matières premières se répercute sur les étiquettes des produits de grande consommation. Industriels et distributeurs se préparent à un bras de fer pour savoir qui va payer la note.

LA BAGUETTE à 1 euro ! Dans certaines boulangeries, ce seuil psychologique va être franchi dès cette rentrée. Les artisans boulangers envisagent une augmentation de 5 centimes du pain préféré des Français, généralement facturé entre 75 et 95 centimes. Les adhérents de la Fédération des entreprises de boulangerie et de pâtisserie prévoient des augmentations d'« au moins 8 % ».

Il s'agit de répercuter auprès des consommateurs les hausses des cours du blé, qui ont quasiment doublé en un an, pour atteindre vendredi des records historiques (au-delà de 241,50 euros la tonne). Céréales, lait, métaux, pétrole... Les matières premières flambent depuis plus d'un an. Le développement de la consommation dans les pays émergents (dont la Chine) et l'essor des biocarburants (maïs, colza, canne à sucre) font pression sur la demande mondiale. Résultat, des productions qui étaient souvent surabondantes, comme le lait, peinent à fournir. Et il n'y a plus aucun stock.

Ainsi, le prix du lait a quasiment doublé (de 2 000 à 4 000 euros la tonne) en un an. Il manque un milliard de litres en Europe pour satisfaire les besoins (la France en produit 23 milliards). Du coup, le prix du beurre s'est envolé de 40 % depuis le début de l'année. Danone a déjà annoncé une augmentation de 2,5 % de ses yaourts, Lactalis (fromages Président, Société, yaourts La laitière) de 4 % à 5 %. Nestlé a annoncé le 15 août qu'il allait continuer dans ce sens. Une réunion de la filière laitière est prévue fin septembre pour discuter d'une augmentation de 0,5 % des quotas de production autorisés par Bruxelles.

Des négociations «agressives»

Les volailles (nourries aux céréales), les oeufs, le porc, le chocolat, le jus d'orange, les fruits et légumes suivent la même tendance. Tout comme les biscuits, les glaces, les confitures ou les pâtes.

L'alimentaire n'est pas seul concerné. Les prix des cahiers de la rentrée vont refléter la hausse des prix de la pâte à papier. Les matériaux utilisés dans le bâtiment renchérissent les devis. Les métaux qui entrent dans la composition des produits industriels, le pétrole dans ceux des plastiques ou des transports, risquent de pousser à la hausse les prix des biens de consommation, d'équipement ou de certains services.

Jusqu'où les entreprises peuvent-elles répercuter ces hausses sur leurs consommateurs ? C'est la question clé qui risque d'animer la rentrée sociale.

« Depuis le passage à l'euro, les gens regardent les prix de très près et ne sont pas prêts à laisser passer les augmentations, particulièrement quand cela touche à l'alimentation », estime Nicolas Bouzou, économiste à l'Institut Asteres. L'alimentaire ne représente pourtant que 15 % des dépenses des ménages. Ces hausses, si elles rognent sur le pouvoir d'achat, ne se traduiront, au pire, que par quelques dixièmes de points d'inflation.

Industriels et commerçants se préparent donc à un bras de fer dont ils ont le secret pour savoir qui les assumera sans les répercuter sur les étiquettes. « Les semaines qui viennent vont être chaudes et les négociations plus agressives que d'habitude », pronostique Jean-René Buisson, président de l'Association nationale des industries alimentaires. Généralement, les prix dans la grande distribution sont fixés pour l'année. Mais les producteurs vont, dès septembre, demander aux chaînes de supermarchés des augmentations de tarifs pour refléter la flambée de leurs coûts de revient. « La plupart du temps, les augmentations sont refusées par les distributeurs. Mais ce serait déjà exceptionnel si on arrivait à maintenir les prix actuels, qui ont baissé de 3 % depuis deux ans dans le cadre des négociations Sarkozy », estime Jean-René Buisson.

Côté distributeurs, Michel-Edouard Leclerc, coprésident de l'Association des hypermarchés du même nom, dénonce un « psychodrame parfaitement inutile et exagéré, aux parfums de spéculation ». « Nous serons impitoyables, poursuit-il. J'ai donné consigne à tous les acheteurs de ne rien céder au-delà de la répercussion de la hausse de certaines matières premières, comme la farine ou le sucre, au prorata de leur part dans la composition des produits. »

Le gouvernement surveille le sujet comme le lait sur le feu. Christine Lagarde, ministre de l'Économie, a réuni tous les acteurs - agriculteurs, industriels, distributeurs - fin juillet. Une nouvelle rencontre est prévue à la mi-septembre. Mais les marges de manoeuvre sont maigres. Une nouvelle phase de la réforme de la loi Galland sur le commerce doit être négociée, qui reste à définir. Dans ce contexte, la création d'une TVA sociale pourrait se révéler explosive.

lefigaro.fr

 HP : A quand une revision dela loi Galland, ne pas oubliez les taux de remise arrières, en sus des marges faites sur la vente, pour la grande distribution...edouard..qd même...

24/08/2007

Chérèque anticipe une rentrée sociale "très chargée"

"Les sujets de friction sont nombreux", a estimé jeudi le secrétaire général de la CFDT, évoquant notamment les suppressions d'emplois dans la Fonction publique. Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, espère pour sa part une rentrée sociale "comme les autres".

Y aura-il des grèves et des manifestations en France à compter du mois de septembre? C'est la question que se posent à chaque fin d'été les pouvoirs publics, souhaitant toujours que les syndicats ne gâchent pas le cours des décisions politiques. Signe de ce questionnement rituel sur la rentrée sociale: le président de la République a déjeuné jeudi en tête à tête avec François Chérèque, secrétaire général de la CFDT.

Or le syndicaliste répond par l'affirmative. François Chérèque estime que "les problèmes sociaux dans notre pays sont très lourds" et "les sujets de friction nombreux" entre syndicats et gouvernement. Il ne fait donc pas de doute pour le leader de la CFDT que la rentrée sociale sera "très chargée".

Pour le ministre du Travail Xavier Bertrand, la chose est également entendue mais dans l'autre sens: la rentrée 2007 sera "comme les autres", c'est-à-dire sans mouvements sociaux majeurs. Pour expliquer les raisons d'une telle sérénité, le ministre met en avant en particulier les trois conférences sociales sur l'emploi et le pouvoir d'achat, les conditions de travail et l'égalité professionnelle entre les sexes prévues en octobre et novembre et dont les premiers préparatifs réuniront patronat et syndicats autour du gouvernement dès le 3 septembre.

Pourtant, un certain nombre de décisions récemment prises par le gouvernement ou qui pourraient être bientôt annoncées sont susceptibles de regonfler les syndicats, à commencer par les fédérations de fonctionnaires. Celles-ci, qui se rencontrent vendredi pour échanger leurs analyses et envisager d'éventuelles actions, ont en effet très mal pris l'annonce de la suppression de 22.700 postes de fonctionnaires l'an prochain, dont 11.000 à l'Education nationale, après 12.000 postes en moins en 2007.

Si c'est moins que promis par le candidat Sarkozy, ces suppressions "sont d'une ampleur inégalée", a estimé Gérard Aschiéri (FSU). Si bien que les déclarations d'André Santini, secrétaire d'Etat à la Fonction publique, pour qui la France bat le "record mondial" de la part de fonctionnaires dans sa population active, ont excédé les syndicats, qui contestent par ailleurs les chiffres avancés par André Santini. Pour le secrétaire général de la CFDT, l'absence de "débats sur les objectifs et les missions de la Fonction publique" avant toute discussion sur les effectifs "ne semble pas la bonne méthode".

Mais les effectifs ne sont pas l'unique grief des syndicats de fonctionnaires, qui réclament unanimement des négociations salariales, en vain pour l'instant. Or, sans augmentation salariale en 2007, sans annonce d'augmentation salariale en 2008, le pouvoir d'achat des fonctionnaires est à la peine. D'autant que celui-ci a déja diminué de 6% entre 2000 et 2005, selon les syndicats. Bref, si l'on ajoute les conditions de travail, "il y a de fortes raisons pour que les fonctionnaires fassent connaître leur mécontentement" dans les semaines à venir, affirme Jean-Marc Canon (CGT Fonctionnaires).

D'autant que les quatre conférences prévues avec les syndicats de fonctionnaires à partir de septembre, sur le pouvoir d'achat, les missions de la Fonction publique, le dialogue social et les parcours professionnels, ne semblent pas de nature à apaiser leur grogne. Et il n'est pas sûr que le discours du président de la République aux fonctionnaires, prévu la semaine prochaine, change quoi que ce soit sur le fond des revendications de la Fonction publique.

La mise en oeuvre de la loi sur le service minimum est un autre sujet de mobilisation pour les syndicats. Alors que le Conseil constitutionnel a validé le texte en l'état, la CGT, qui a appuyé le recours des parlementaires socalistes au motif que la loi portait atteinte à l'exercice du droit de grève, a promis des actions sur ce thème à la rentrée. Les syndicats de cheminots sont particulièrement en colère, estimant que non seulement le droit de grève est restreint par la nouvelle législation, mais que celle-ci est inutile puisque le service minimum existe déjà à la SNCF. Or, la loi prévoit des négociations dans l'entreprise ferroviaire. Celles-ci risquent d'être d'autant plus houleuses que les points de contentieux entre direction et syndicats sont nombreux: fret, dialogue social et bientôt régime de retraite.

Les deux autres pommes de discorde entre les salariés et le gouvernement sont les franchises médicales, contre lesquelles une mobilisation s'est déjà faite jour, et la TVA sociale. Le gouvernement va faire voter au Parlement en septembre, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, une franchise de 50 centimes par boite de médicament et acte paramédical et une autre de deux euros sur les transports en ambulance. Plusieurs dizaines d'associations et syndicats et 50.000 citoyens ont lancé fin juillet un "Appel contre les franchises et pour l'accès aux soins de tous". Le collectif prépare différentes mobilisations à partir de fin septembre.

Quant à la TVA sociale, sur laquelle le secrétaire d'Etat à la Prospective Eric Besson doit remettre un rapport à la fin du mois au Premier ministre, sa mise en oeuvre pourrait avoir des effets néfastes sur l'inflation. Car comme l'a expliqué le président du groupe UMP Jean-François Copé, rien ne dit que les entreprises répercuteront la baisse des cotisations sociales patronales sur les prix. Or, les enquêtes pendant la campagne présidentielle ont montré que le pouvoir d'achat est la principale préoccupation d'une majorité des Français.

latribune.fr